Le pont

Un des points qui m’a semblé très important est celui-ci. Bien que cela n’ait duré qu’une micro seconde, au milieu de mon crash nde, et heureusement d’ailleurs, autrement, je pense que je ne serais pas là pour en parler, je dirais que ma conscience a été en contact avec la matière. La meilleure image que j’ai trouvée pour en parler et celle-ci. Imaginez ce que l’on pourrait sentir si on mettre le bout de sa langue sur un câble d’électricité haute tension comme ceux parcours notre pays. C’était une source de souffrance inimaginable.
Je me suis demandé pendant au moins six mois à me demander si c’était ce que cela qu’on appelait l’enfer ou la géhenne. Je trouvais que cela correspondait bien. Je me suis aussi demandé s’il était possible de souhaiter à quelqu’un de s’y retrouver. Cela pourrait sembler futile de passer autant de temps à m’interroger sur ce point jour après jour, mais c’était ainsi.
Pour moi cette sensation m’indiquait le siège de la douleur que nous pouvons ressentir. Et je voulais absolument faire le pont entre cette douleur qui semblait appartenir à ce qui constitue la matière et celles que nous pouvons ressentir dans nos vies quotidiennes. Soit-dit en passant, je n’ai jamais été très étonné sur cette expérience. Intellectuellement et compte tenu de ce que savons de la physique, que pourrions-nous ressentir si nous pouvions comme cela sentir un instant « le gout » de ce niveau vibratoire. Cela ne me semble pas très aberrant, voir assez logique et cohérent.
Comment faire le pont ? Au-dessous des molécules dans lequel se trouverai ce niveau vibratoire je place les cellules qui me semble être l’étage suivant. Je me dis que dans une cellule, tout bouge. La vie bouge. Mémoires d’images au microscope. J’imagine pour faire le lien entre les deux plans un axe. Comme un axe de rotation d’une voiture entre le moteur et les roues. Je me dis que s’il y a un blocage au niveau de la cellule l’axe ne peut tourner. Cela coince, comme si le moteur chauffait en tirant sur l’axe bloqué. Et ce serait là que la sensation de souffrance remonte jusqu’à nous. J’essaie de me rapprocher au plus près de ce que je sens, je n’arriverais pas à aller plus loin. Car il faut aller faire des aller et retour, dans mes pensées, dans mon corps, dans mes mémoires de ce que j’ai pu ressentir à cet instant, pour essayer de bien entendre ce que la sensation peut me faire comprendre, et ce que je peux intellectualiser. Trouver des images pour expliquer ce qui me semble évident à l’instant.
Je pense à toutes les références que je peux avoir à ce sujet. Je sais qu’en acuponcture, soigner c’est de remettre l’énergie en circulation. En thérapie, il s’agit d’amoindrir les structures rigides. En thérapie de couple l’idée et de relancer le dialogue. Sans cela, nos blocages nous apportent de la souffrance. Je crois que dans le yi King repos et associé à changement. Ai-je bien réussi à faire le pont, je ne sais. Tout bouge dans notre corps, toutes nos cellules, notre sang, nos respirations, nos pensées, tout se transforme continuellement. Nous ne sommes mêmes pas les mêmes corps le matin l’après-midi et le soir. Je me dis que les sportifs de haut niveau comme les cyclistes pourraient parler de ce contact « charnel » avec cette souffrance.
En pratique la mauvaise nouvelle c’est qu’il nous sera difficile d’éradiquer ce genre de souffrance liée à notre vie sur terre.
J’ai lu une remarque qui me semble intéressante, le nirvana ce n’est pas d’être statique comme une statue de bouddha. Des personnes ayant franchi certains seuils sont très actifs dans leurs vies, nous avons entendu parler de ces personnes qui semble avoir une énergie fabuleuse. Je me dis que cela pourrait concorder avec cette proposition que toutes fonctionnalités sont en mouvement.
Je me dis que cette information peut aider à passer certains moments de notre vie, ou des sensations que nous pouvons rencontrer, sans les changer mais changer le regard que l’on peut avoir dessus.
Pendant les mois qui vont suivre mon crash je vais échanger avec une danseuse qui me fait ce le dessin suivant en me disant qu’en fait il faut rester « là » (là où il y a le point) ne pas aller trop vite, ne pas aller trop lentement. Qu’est ce qui l’aura amené à cette remarque…

En conclusion pour éviter ce type de souffrance basée sur la matière il faut que tout tourne. Il faut que nous fonctionnions. Je me dis que chacune partie de notre corps a besoin de fonctionner. Nous avons mal si nous n’allons pas aux toilettes, nous avons besoin de manger de respirer. Mais le maximum des centres fonctionnelles de notre cerveau ont aussi besoin de fonctionner. Il est bon d’apprendre, de travailler (grossièrement) etc… Notre cœur aussi, avant envie d’aimer… et je ne parle pas de la sexualité. Quand il y a un désir inassouvi de ces fonctionnalités, cela peut nous faire souffrir. Un jour Jacques de Panfieu me dit cette phrase « Il y a des liens qui libèrent ». Je pense à cette souffrance liée au manque de trouver une âme sœur. C’est vrai que lorsque l’on trouve quelqu’un le sentiment de soulagement est grand. C’est comme si un engrenage de mon moteur était en moi et l’autre dans la personne avec qui je suis avec un axe entre les deux. La mécanique relationnelle peut tourner.

J’ai remarqué aussi un autre petit truc. Quand j’ai un projet, une envie, cela fait un peu mal. Un projet cela se prépare, des fois cela prend du temps. Le jour où mon projet s’enclenche dans le réel, curieusement ma sensation disparait. Cela faisait comme un vide. Cela m’a surpris. Imaginons une analogie. Mon projet est une fonctionnalité de mon cerveau. Si ce projet s’enclenche dans la réalité, disons que c’était d’aller au Tibet… le jour ou le projet s’enclenche, je pensais que la fonctionnalité de mon cerveau ferait plus de sensation. Un peu comme si j’appuyais sur l’accélérateur d’un moteur, vroom, et que je passe les vitesses. Le moteur tourne. Et là non, la sensation disparait. Mais si la sensation de « souffrance » manque, c’est la fonctionnalité de mon cerveau qui ne tourne pas, qui a envie de tournée et qui ainsi fait le lien avec la matière et la sensation de souffrance, alors c’est peut-être paradoxal mais logique. Puisque le projet s’enclenche, la fonctionnalité tourne, je sens un soulagement, et mon cerveau m’envoie sur… un autre souhait.

Je vais faire un glissement. Si la souffrance d’une partie de notre corps vient de ce qu’elle ne peut pas jouer son rôle. Et si notre souffrance profonde de notre être n’était pas de devenir ce qu’il est.

De temps en temps je passe à un niveau macro. Je ne pense pas non plus qu’il soit possible de trouver un fonctionnement d’état dans nos pays qui puissent édicter des règles définies pour toujours. Nous changeons là-aussi, la manière dont nous pensions il y a 50 ans n’est plus la même que maintenant. Je crois qu’il faut abandonner aussi cela, tout est en mouvement.